Sclérose en plaques : Dégradation neurologique et thérapies modifiant la maladie

Sclérose en plaques : Dégradation neurologique et thérapies modifiant la maladie
  • janv., 27 2026

La sclérose en plaques n’est pas une maladie qui se contente de faire des poussées. Elle ronge lentement le système nerveux, et ce, même quand les symptômes semblent s’apaiser. Beaucoup pensent que si les crises s’arrêtent, la maladie est sous contrôle. Ce n’est pas vrai. Ce qui compte vraiment, ce n’est pas seulement le nombre de poussées, mais ce qui se passe en silence dans le cerveau et la moelle épinière : la perte irréversible des axones.

Comment la sclérose en plaques détruit les nerfs

La sclérose en plaques (SEP) commence par une attaque du système immunitaire contre la gaine de myéline, cette couche isolante qui entoure les fibres nerveuses. Sans myéline, les signaux électriques entre le cerveau et le corps ralentissent ou se bloquent. C’est ce qui cause les symptômes : fourmillements, faiblesse, troubles de la vision, fatigue intense. Mais la vraie catastrophe, c’est ce qui suit : les axones, ces longs câbles nerveux qui transmettent les messages, commencent à se dégrader.

En 2011, Bruce Trapp a montré que la perte d’axones est la principale cause de la dégradation neurologique permanente chez les patients atteints de SEP. Ce n’est pas la myéline qui manque - c’est le câble lui-même qui se casse. Et une fois qu’un axone est détruit, il ne repousse pas. Le cerveau peut s’adapter un peu, en redirigeant les signaux par d’autres voies, mais cette capacité a des limites. Au fil des ans, les dommages s’accumulent, et les patients perdent progressivement leur autonomie.

Des études post-mortem révèlent que près de la moitié des axones démyélinisés dans la moelle épinière présentent des signes de dégénérescence : moins de mitochondries, des filaments neurofilamentaires fragmentés, une perte de microtubules. Ces changements ne sont pas visibles sur une IRM classique. Ils se produisent dans ce qu’on appelle le « tissu blanc apparemment normal » - une zone qui semble saine, mais qui est déjà en train de mourir.

Les trois formes de la maladie, et pourquoi elles ne se traitent pas pareil

La SEP ne se présente pas sous une seule forme. Environ 85 % des patients sont diagnostiqués avec une forme rémittente-récurrente (RRMS), où les poussées s’arrêtent, puis reprennent. Pendant cette phase, les traitements modifiants la maladie (TMM) sont très efficaces : ils réduisent les crises de 30 à 50 %. Ces médicaments ciblent l’inflammation, en bloquant les cellules immunitaires qui attaquent la myéline.

Mais après 10 à 15 ans, environ 40 % de ces patients passent à une forme secondaire progressivement progressive (SPMS). Là, les choses changent. Les poussées diminuent, les lésions inflammatoires sur l’IRM deviennent rares. Pourtant, la personne continue de se dégrader. Pourquoi ? Parce que l’attaque n’est plus extérieure. Elle vient de l’intérieur du système nerveux. Les cellules immunitaires, notamment les cellules B, s’installent dans les méninges, comme des foyers de feu lent. Elles libèrent des toxines qui détruisent les axones, même sans inflammation visible.

La forme primaire progressive (PPMS), elle, est progressive dès le départ. Elle touche 10 à 15 % des patients. Ces personnes ne font pas de poussées classiques, mais perdent progressivement des fonctions motrices ou sensorielles. Les TMM traditionnels n’ont presque aucun effet sur cette forme. Les traitements qui marchent pour la RRMS échouent ici - parce qu’ils ne ciblent pas la dégénérescence neuronale, seulement l’inflammation.

Femme aux nerfs spinal partiellement détruits, entourée d'objets magiques symbolisant les traitements expérimentaux.

Pourquoi les traitements actuels ne suffisent pas

Il existe 21 traitements modifiants la maladie approuvés aux États-Unis en 2023. Tous agissent sur l’inflammation. Certains sont des injections, d’autres des comprimés, certains des perfusions. Ils réduisent les crises, les lésions sur IRM, et retardent la survenue de handicaps. Mais ils ne ralentissent pas la perte de matière grise, ni la réduction du volume cérébral - deux marqueurs clés de la progression neurologique.

Une étude menée sur 4 ans a montré que l’atrophie de la matière grise prédit la progression du handicap sur les 6,6 ans suivants. Et ce n’est pas le score EDSS (l’échelle classique de handicap) qui le détecte le mieux - c’est le MSFC, un test combiné qui mesure la marche, la coordination et la fonction cognitive. Cela veut dire que les patients peuvent sembler stables sur une échelle traditionnelle, mais perdre leur mémoire, leur vitesse de traitement, leur équilibre. Ce sont des pertes invisibles, mais dévastatrices.

Les chercheurs appellent cela la « maladie silencieuse ». Ce n’est pas la myéline qui manque. C’est le câblage neuronal qui s’effondre. Et les médicaments actuels ne protègent pas les axones. Ils éteignent les feux d’artifice, mais la maison brûle toujours de l’intérieur.

Les pistes de recherche pour ralentir la dégradation

La bonne nouvelle, c’est que la recherche avance. Plus de 17 essais cliniques sont en cours pour cibler directement la dégénérescence neuronale. Trois pistes principales se dégagent.

La première : protéger les mitochondries. Les axones démyélinisés ont besoin de plus d’énergie pour transmettre les signaux. Mais leurs mitochondries - les centrales électriques des cellules - sont en panne. Des molécules comme le riboflavine ou le biotin sont testées pour améliorer la production d’énergie neuronale.

La deuxième : bloquer les canaux sodiques. Quand un axone est démyélinisé, il ouvre des canaux sodium en trop grand nombre pour tenter de maintenir la transmission. Mais cela le surcharge en calcium, ce qui le tue. Des médicaments comme le phenytoin ou le lamotrigine - utilisés pour les épilepsies - sont en essai pour réduire cette surcharge toxique.

La troisième : favoriser la rémyélinisation. Si on peut faire repousser une nouvelle gaine de myéline, on protège l’axone. Des anticorps comme le opicinumab ciblent des protéines qui bloquent naturellement la régénération, comme le Nogo, le MAG et l’OMgp. Ces protéines sont des freins biologiques à la réparation. Les essais montrent des signes prometteurs, mais pas encore d’effet massif.

Un autre domaine émergent : les récepteurs β2-adrénergiques des astrocytes. Ces cellules, autrefois considérées comme des soutiens passifs, sont maintenant vues comme des acteurs clés. Leur perte dans la SEP pourrait expliquer à la fois l’inflammation et la dégénérescence. Restaurer leur fonction pourrait être une nouvelle voie thérapeutique.

Médecin montrant une IRM du cerveau qui rétrécit, avec des patients entourés de symboles de soins et de protection.

Que peut-on faire aujourd’hui ?

Attendre que la science trouve un traitement neuroprotecteur ne veut pas dire ne rien faire. Les patients peuvent agir sur plusieurs leviers.

  • Arrêter de fumer : le tabac accélère la progression de la SEP, même chez ceux qui prennent un TMM.
  • Assurer un taux de vitamine D suffisant : des études montrent que les niveaux bas sont liés à une progression plus rapide.
  • Faire de l’exercice régulier : la marche, le vélo, la natation améliorent la fonction motrice et ralentissent l’atrophie cérébrale.
  • Contrôler les facteurs de risque cardiovasculaires : hypertension, cholestérol, diabète - tout ce qui nuit aux vaisseaux cérébraux aggrave la SEP.
  • Surveiller l’atrophie cérébrale par IRM : si votre neurologue propose une IRM quantitative, demandez-la. C’est le meilleur indicateur de la progression réelle.

La plupart des neurologues ne mesurent pas encore l’atrophie cérébrale en routine. Pourtant, c’est la mesure la plus fiable de la dégradation neuronale. Si vous avez une SEP progressive, demandez à votre médecin si une IRM avec mesure de volume cérébral est possible. Ce n’est pas une curiosité - c’est un outil de survie.

Le futur de la SEP : guérir ou ralentir ?

La question n’est plus seulement de réduire les crises. Elle est de préserver les neurones. La SEP n’est plus une maladie qu’on soigne - elle est une maladie qu’on doit protéger. Les traitements du futur ne seront pas seulement anti-inflammatoires. Ils seront neuroprotecteurs, réparateurs, régénérateurs.

Les premiers médicaments capables de ralentir la progression de la SPMS existent déjà, comme le siponimod ou le ocrelizumab, mais leur efficacité reste modérée. Le vrai progrès viendra de la combinaison : un traitement pour éteindre l’inflammation, un autre pour protéger les axones, un troisième pour les réparer.

Les patients d’aujourd’hui ne vivront peut-être pas dans un monde où la SEP est guérie. Mais ils peuvent vivre dans un monde où elle ne les détruit plus. Et c’est déjà une révolution.

La sclérose en plaques peut-elle être guérie ?

Non, la sclérose en plaques ne peut pas encore être guérie. Mais elle peut être contrôlée. Les traitements actuels réduisent les crises et ralentissent la progression chez beaucoup de patients. La recherche se concentre désormais sur la protection des neurones et la réparation de la myéline, ce qui pourrait un jour arrêter la dégradation permanente.

Pourquoi les traitements ne marchent-ils pas sur la forme progressive ?

Les traitements actuels ciblent l’inflammation externe, provenant du système immunitaire. Dans la forme progressive, l’attaque vient de l’intérieur du système nerveux - des cellules B dans les méninges, des mécanismes de dégénérescence neuronale. Ces processus ne sont pas sensibles aux médicaments anti-inflammatoires classiques. Il faut de nouveaux traitements qui protègent les axones.

L’IRM classique montre-t-elle la progression de la SEP ?

Pas toujours. L’IRM classique voit les lésions inflammatoires, mais pas la perte d’axones ni l’atrophie cérébrale. Une IRM quantitative, qui mesure le volume du cerveau et de la moelle épinière, est bien plus précise pour évaluer la progression réelle. Elle est recommandée pour les formes progressives.

La vitamine D aide-t-elle à ralentir la sclérose en plaques ?

Oui. Des études montrent que les personnes avec un taux de vitamine D bas ont plus de lésions et une progression plus rapide. Bien que la vitamine D ne soit pas un traitement, maintenir un taux suffisant (entre 75 et 125 nmol/L) est une mesure simple et sûre pour réduire les risques de dégradation.

Faut-il arrêter les traitements si on n’a plus de poussées ?

Non. Même sans poussées, la dégénérescence neuronale peut continuer. Arrêter un traitement modifiant la maladie peut accélérer la progression. Les patients en forme progressive doivent continuer leur traitement, même s’ils se sentent bien. La stabilité n’est pas la guérison.

Quels sont les signes d’une progression neurologique ?

Une perte progressive de la force, une difficulté à marcher même sans poussée, une fatigue qui empire, des troubles de la mémoire ou de la concentration, une perte d’équilibre. Ces signes ne sont pas toujours visibles sur une IRM, mais ils sont réels. Si vous les remarquez, parlez-en à votre neurologue - même si vous n’avez pas eu de crise depuis des mois.

9 Commentaires
  • BERTRAND RAISON
    BERTRAND RAISON janvier 29, 2026 AT 09:47

    Ça fait longtemps que j’attends ce genre d’article. Tout le monde parle des poussées, mais personne ne dit que le vrai massacre, c’est dans le blanc apparemment normal.

  • Anna Lou Chen
    Anna Lou Chen janvier 30, 2026 AT 10:51

    La SEP n’est pas une maladie, c’est une métaphore de la modernité : on soigne les symptômes visibles, mais on laisse l’axone se désintégrer sous nos yeux. La myéline, c’est le lipide de la société - on la détruit, puis on s’étonne que les signaux ne passent plus. Les TMM ? Des pansements sur une artère sectionnée.


    On cherche des neuroprotecteurs ? Tant qu’on ne traitera pas la cause profonde - l’immunité comme un système colonial qui colonise le système nerveux - on fera juste du réparatif avec des molécules de luxe.


    La vitamine D ? Un placebo pour les bourgeois qui croient que la santé est une question de supplément. Le vrai problème, c’est que la recherche est financée par Big Pharma, pas par les patients qui perdent leur marche.


    On parle de rémyélinisation comme si c’était un miracle. Mais si l’axone est mort, aucune gaine ne le ramènera. C’est comme recouvrir un cadavre de soie.


    Et ce truc avec les astrocytes ? C’est la même histoire que les microglies : on les découvre, on leur donne un nom grec, puis on les oublie pendant 20 ans. Rien ne change, sauf le jargon.


    La seule chose qui ralentit la SEP, c’est l’arrêt du tabac. Pas les biotines, pas les opicinumabs. Le tabac. Le vrai ennemi, c’est le fumeur dans la salle de consultation qui dit « j’ai arrêté »… et qui fume en cachette.


    On veut des traitements neuroprotecteurs ? Commencez par arrêter de réduire les patients à des IRM. Ils ne sont pas des images. Ce sont des gens qui perdent leur mémoire, leur voix, leur équilibre - et qu’on appelle « stables » parce que leur EDSS n’a pas bougé.


    La guérison ? Une illusion. La protection, oui. Mais pour ça, il faudrait que la médecine cesse d’être une industrie et redevienne une éthique.

  • Vincent S
    Vincent S janvier 31, 2026 AT 18:53

    Il convient de souligner que la dégénérescence axonale constitue le principal mécanisme de progression neurologique dans la sclérose en plaques, comme établi par Trapp et coll. en 2011. Les biomarqueurs d’atrophie cérébrale, mesurés par imagerie quantitative, sont aujourd’hui les indicateurs les plus fiables de l’évolution de la maladie, bien supérieurs à l’échelle EDSS. L’absence d’activité inflammatoire sur l’IRM conventionnelle ne signifie pas l’absence de dégénérescence neuronale.


    Les traitements modifiants la maladie actuels, bien qu’efficaces sur les événements inflammatoires, n’exercent aucune action significative sur les processus neurodégénératifs intrinsèques, notamment la dysfonction mitochondriale et la surcharge calcique axonale. Il est donc impératif de développer des stratégies thérapeutiques ciblant spécifiquement ces mécanismes, telles que les modulateurs des canaux sodiques ou les agents promyélinisants.


    En ce qui concerne les interventions non pharmacologiques, l’arrêt du tabagisme, la correction du déficit en vitamine D (cible : 75-125 nmol/L) et l’exercice physique régulier démontrent une corrélation robuste avec une réduction de la progression de l’atrophie cérébrale, selon les données longitudinales de l’ETOMS et de l’OPTIMUS.

  • Claire Copleston
    Claire Copleston février 1, 2026 AT 05:18

    La SEP, c’est comme un vieux téléphone qui continue de fonctionner… mais avec des fils qui crissent dans le fond. Personne ne voit les étincelles, mais la batterie fond. Et on continue de dire « ça va » parce que l’écran n’est pas cassé.


    Je veux bien croire aux mitochondries, aux canaux sodium, aux astrocytes… mais je me demande si tout ça n’est qu’un grand jeu de mots pour justifier qu’on n’a rien trouvé de vrai.


    Et ce truc avec la vitamine D ? J’ai vu des gens prendre 10 000 UI par jour… et se dégrader comme des feuilles d’automne. La science est belle, mais elle ne guérit pas les gens qui ont perdu leur force à 35 ans.

  • Benoit Dutartre
    Benoit Dutartre février 1, 2026 AT 18:16

    Big Pharma a créé la SEP pour vendre des injections. Les IRM ? Des machines pour faire peur. Les TMM ? Des drogues qui coûtent 100 000€ par an et qui ne font rien pour la progression. Tout ça pour garder les patients dans le système. Et les chercheurs ? Des employés payés pour ne pas trouver la vraie cause : le glyphosate, les vaccins, les ondes 5G.

  • Régis Warmeling
    Régis Warmeling février 3, 2026 AT 14:42

    On parle de câblage, de dégénérescence, de myéline… mais on oublie une chose : le corps humain n’est pas une machine. Il se répare, il s’adapte, il résiste. Peut-être que la clé, ce n’est pas de bloquer l’inflammation, ni de protéger les axones… mais de réapprendre à vivre avec la douleur, sans la combattre comme un ennemi.


    La SEP n’est pas une guerre. C’est une invitation à ralentir. À écouter. À ne pas tout vouloir contrôler.

  • Jean-Michel DEBUYSER
    Jean-Michel DEBUYSER février 5, 2026 AT 09:06

    Franchement, si tu as une SEP progressive et que tu ne demandes pas une IRM quantitative à ton neurologue, t’es un peu naïf. C’est comme aller chez le dentiste et ne pas vouloir de radiographie. Tu veux qu’on te dise que tout va bien… mais tu veux pas voir ce qui se passe sous la gencive.


    Et arrête de croire que si tu n’as plus de poussées, t’es guéri. Non. T’es juste en mode veille. La machine continue de s’user. Et les TMM ? Ils sont là pour ça. Pas pour te faire croire que t’es en vacances.

  • Philippe Labat
    Philippe Labat février 7, 2026 AT 01:14

    En France, on parle peu de la SEP progressive. On la voit comme une maladie de vieux, mais c’est faux. J’ai rencontré une femme à Lyon, 42 ans, en SPMS depuis 7 ans, qui marche avec une canne mais continue de peindre. Elle dit : « Je ne guéris pas, je réinvente. »


    La science est belle, mais ce qui compte, c’est ce que les patients font avec leur corps. Pas les chiffres de l’IRM. Pas les molécules. Ce sont les gestes quotidiens : une marche, une respiration, un dessin, un mot écrit.


    La SEP ne définit pas la personne. Elle la transforme. Et parfois, c’est là que naît la plus belle résistance.

  • Joanna Bertrand
    Joanna Bertrand février 7, 2026 AT 15:03

    Je suis en RRMS depuis 12 ans. J’ai pris trois TMM. J’ai fait des IRM. J’ai arrêté de fumer. J’ai pris de la vitamine D. Et pourtant… je sens que je perds quelque chose. Pas une crise. Pas une lésion. Une présence. Une fluidité. Une énergie qui ne revient plus.


    Je voulais juste dire : merci pour cet article. Pour la première fois, quelqu’un a mis des mots sur ce que je ressens sans pouvoir l’expliquer.


    Je ne demande pas une guérison. Je demande qu’on voie ce que je perds… même quand je ne crie pas.

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